Programme 3 : Réceptions, reconfigurations des traditions

Porteurs : F. Fauquier, L. Saudelli, F. Kimmel-Clauzet, A. Estèves, C. Gerzaguet, V. Mancuso, A. Bonord, J. Meyers

Le programme s’attache à la réception et à la reconfiguration des traditions littéraires sous deux angles complémentaires : la perception des œuvres et genres pratiqués par les auteurs eux-mêmes, qui exhibent des modalités particulières d’inscription dans une tradition, et bien souvent, d’écart par rapport à cette tradition, et la perception par un double lectorat, comprenant le public visé par les œuvres et les exégètes qui ont choisi, ultérieurement, de s’emparer de ces œuvres. Il se décline en trois axes.

1. Platon et la tradition platonicienne, des préplatoniciens aux néoplatoniciens

Les travaux de traduction et commentaires d’œuvres individuelles présentés dans le programme 2 servent de ciment à une réflexion englobante sur ce qu’est commenter un texte philosophique, pour les commentateurs antiques, en particulier néoplatoniciens, mais aussi pour les chercheurs contemporains. La réception des œuvres philosophiques antiques pose en effet des problèmes particuliers, liés aux caractéristiques du corpus qui nous est parvenu : textes fragmentaires, souvent lus à travers les citations et reformulations ultérieures, textes pseudépigraphes, ou encore notes de cours non entièrement rédigées. Ces travaux collectifs prendront place dans le cadre de séminaires et de journées d’étude. À titre d’exemple, l’Atelier Présocratiques, sera organisé par L. Saudelli, en collaboration avec M. Brémond (Univ. Clermont-Auvergne), A. Macé (Univ. Marie et Louis Pasteur-Besançon) et A.-L. Therme (Univ. Paris Est-Créteil). Ce programme intersites se déroulera chaque année dans l’une des quatre universités mentionnées, offrant l’opportunité de discuter la recherche en cours sur les premiers philosophes grecs (incluant les textes littéraires, poétiques et religieux d’intérêt philosophique, les écrits des sophistes et le corpus hippocratique), ainsi que leur réception, ancienne et moderne. La session inaugurale se tiendra les 6-7 novembre 2025 à l’Université Clermont-Auvergne (en présentiel) et aura pour thématique « l’infini ». La deuxième séance aura lieu à Montpellier en 2026.

2. De la forme au contenu des commentaires (commentaires continus, scholies, Vies...)

L’exégèse des textes adopte dans sa pratique une variété de formes qui, pour être appréhendées, nécessite que l’on se positionne à la croisée de la philologie, de la littérature, de l’histoire des textes et de l’érudition. Il s’agit ici de questionner les interactions entre la forme exégétique et le fonds de l’explication en s’intéressant aux phénomènes d’écriture (réduction, amplification, sélection, compilation etc.) qui construisent in fine le commentaire. Une attention particulière sera portée aux écarts par rapport aux attentes des lecteurs modernes : Vies d’auteurs et d’artistes dans lesquelles le récit biographique semble passer au second plan par rapport à la critique ou à l’ekphrasis des œuvres, inclusion de créations, par exemple de nouveaux poèmes, sein des commentaires d’œuvres poétiques, instaurant un brouillage des frontières entre création littéraire et commentaire critique, par exemple. 

3. Redéfinir l’épique

La journée d’étude organisée par F. Kimmel-Clauzet le février 2025, « Définir l’épique, regards croisés », à laquelle ont pris part J. Meyers, A. Estèves, M. Blaise, S. Triaire, les doctorants Th. Frétard et H. Capmartin (tous de l’UMPV) ainsi qu’A. Plagnard (IRIEC), M. Cazeaux (HiSoMA, ENS Lyon) et F. Ripoll (PLH, UT2J), a fait apparaître les points de convergence des membres de CRISES travaillant sur l’épopée et sa réception. Ces derniers mettent au jour la manière dont chaque auteur tente de reconfigurer le genre, qu’il choisisse pleinement la forme épique ou au contraire s’en écarte tout en construisant un réseau de liens faisant signe vers le genre épique, avec des effets de décalage, d’adaptation, de resémantisation. La difficulté est alors d’aboutir à une juste distance qui distingue sans rompre les liens avec le genre épique reconfiguré. Cette reconfiguration peut se faire de manière thématique, avec par exemple, le choix de transposer les caractéristiques définitoires du style épique en dehors de récits guerriers, ou en féminisant le personnel traditionnel, voire en faisant la promotion de l’amour. Il peut aussi s’agir de réorienter le récit, en le tournant non vers le passé mais vers l’avenir. Dans une approche diachronique, on s’interrogera sur les éléments permettant de maintenir le lien, même de manière ténue, avec la matrice épique, au-delà de ces écarts voire inversions.

Dernière mise à jour : 06/05/2025