M. William AGAY-BEAUJON
Soutiendra mardi 23 juin 2026 à 8 h 30
Salle des Actes n° 011 à l’Université de Montpellier Paul-Valéry, Site Saint-Charles 1
une thèse de DOCTORAT
Discipline : Philosophie
Titre de la thèse : L'esprit des Lumières au Cercle de Vienne (1907-1938). De la réception à la reconstruction : l’actualisation des Lumières françaises par l’empirisme logique, une attitude incarnée pour un geste critique et émancipateur
Composition du jury :
- Mme Delphine BELLIS, Professeure, Université de Montpellier Paul-Valéry
- M. Anastasios BRENNER, Professeur émérite, Université de Montpellier Paul-Valéry, directeur de thèse
- M. Massimo FERRARI, Professeur émérite, Université de Turin (Italie)
- Mme Elisabeth NEMETH, Professeure émérite, Université de Vienne (Autriche)
- Mme Anne-Lise REY, Professeure, Université Paris Nanterre
- M. Pierre WAGNER, Professeur, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Résumé de la thèse :
À l’origine de cette enquête philosophique se trouve un étonnement : celui d’observer, dans les écrits empiristes logiques, un air de famille, des résonances et des affinités entre le programme du Cercle de Vienne et la pensée du siècle des Lumières. Pourtant, cet air de famille se révèle évanescent dès lors que l’on compare strictement la signification de leurs idées respectives ; une évanescence accentuée par la rareté des références explicites aux philosophes des Lumières, obscurcissant une racine intellectuelle centrale du Cercle de Vienne.
Afin de restituer la signification et la fonction de « l’esprit des Lumières » (Geist der Aufklärung) au cœur de la « conception scientifique du monde » (Wissenschaftliche Weltauffassung) du Cercle de Vienne, cette recherche déploie une analyse philosophique et historique de la réception. À partir d’une méthodologie pluraliste, cette étude s’appuie sur une analyse lexicale du corpus empiriste logique, afin d’identifier les traces parsemées au fil des trois décennies du mouvement et de ses dix-huit protagonistes centraux. En examinant méthodiquement ces traces, cette recherche reconstruit la teneur et la portée des Lumières dans le programme du Cercle de Vienne, ainsi que les canaux par lesquels la pensée du XVIIIe siècle a été reçue. Elle explore ensuite le déploiement effectif de l’esprit des Lumières en tant qu’attitude engagée mise en pratique face aux enjeux socioculturels de leur temps, en résonance avec les nôtres.
Cette recherche démontre que la question des Lumières constitue le cœur battant du programme du Cercle de Vienne, à l’intersection de l’épistémologie et de l’engagement social. Cet héritage reçu de façon directe ou par l’intermédiaire des Lumières tardives viennoises (Spätaufklärung) irrigue l’ensemble du mouvement, de ses racines avant la Première Guerre mondiale à son âge d’or, jusqu’à son déploiement international au moment où l’Europe sombre dans le fascisme. L’esprit des Lumières unit également les protagonistes de ses deux ailes autour d’un idéal commun, celui de la pensée exacte basée sur les faits, un idéal dont les ramifications lient la science et la société.
Nous démontrons que l’objet « Lumières » du Cercle de Vienne n’est pas tant un ensemble de thèses qu’une attitude scientifique fondamentale ; un point de vue réactualisant le geste des Lumières face aux irrationalismes de leur temps, préludes et vecteurs de l’obscurantisme. La philosophie apparaît ainsi comme une attitude incarnée en un geste critique et émancipateur, un outil pour agir et penser dans la cité.
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At the origin of this philosophical inquiry lies a sense of wonder: the observation, within logical empiricist writings, of a family resemblance, resonances, and affinities between the Vienna Circle’s program and Enlightenment thought. Yet, this family resemblance turns out to be evanescent as soon as the meanings of their respective ideas are strictly compared; an evanescence accentuated by the scarcity of explicit references to Enlightenment philosophers, obscuring a central intellectual root of the Vienna Circle.
In order to reconstruct the meaning and function of the “spirit of Enlightenment” (Geist der Aufklärung) at the heart of the “scientific world-conception” (Wissenschaftliche Weltauffassung) of the Vienna Circle, this study conducts a philosophical and historical analysis of reception. Using a pluralistic methodology, this study draws on a lexical analysis of the logical empiricist's corpus to identify the traces scattered throughout the movement’s three decades and among its eighteen central figures. By methodically examining these traces, this research reconstructs the substance and scope of the Enlightenment within the Vienna Circle’s program, as well as the channels through which 18th-century thought was received. It then explores the effective deployment of the spirit of Enlightenment as a committed attitude put into practice toward the sociocultural challenges of their time, resonating with our own.
This research demonstrates that the question of the Enlightenment constitutes the beating heart of the Vienna Circle’s program, at the intersection of epistemology and social commitment. This heritage, received either directly or through the Viennese late Enlightenment (Spätaufklärung), permeates the entire movement, from its roots before World War I to its golden age, and finally to its international expansion as Europe descended into fascism. The spirit of the Enlightenment also united the protagonists of its two wings around a common ideal: that of precise, fact-based thinking, an ideal whose ramifications link science and society.
We demonstrate that the “Enlightenment” object of the Vienna Circle is not so much a set of theses as a fundamental scientific attitude; a perspective that actualizes the Enlightenment gesture in the face of the irrationalisms of their time, prelude and vectors of obscurantism. Philosophy thus appears as an attitude embodied in a critical and emancipatory gesture, a tool for acting and thinking within the polis.







